Série d’interviews sur l’ADVP (suite et fin) : Marjorie Llombart, formatrice et consultante en bilans de compétences et gestion de carrière

Nous terminons cette série d’interview sur l’ADVP avec Marjorie Llombart qui est formatrice et consultante en bilans de compétences et gestion de carrière. 

Quelle place occupe aujourd’hui l’ADVP dans vos accompagnements ? L’utilisez-vous de manière occasionnelle ou bien quasi systématiquement ?
J’utilise l’ADVP dans la plupart de mes accompagnements : toujours pour les prestations individuelles comme les bilans de compétences, à chaque fois que possible lors d’animation de séances collectives.

Avez-vous été formée à cette méthode ? Combien de temps faut-il d’après vous pour arriver à se l’approprier ?
J’ai d’abord été sensibilisée à l’approche lors de ma formation à l’université de Paris 8 (DESU Evaluation et Bilan des Compétences). L’un de nos professeurs, Stéphane Montagnier, nous a partagé son expérience d’utilisateur de l’ADVP et nous a présenté l’intérêt de la méthode. Nous avons ensuite eu la chance de recevoir Madame Marie-Claude Mouillet qui est venue échanger avec nous.
Une fois le diplôme obtenu, nous étions quelques personnes de la promo à vouloir nous former à l’ADVP. Aussi, nous avons naturellement contacté le Patio et Marie-Claude Mouillet qui nous a organisé une formation sur mesure intitulée « utiliser l’ADVP et la démarche éducative pour accompagner des personnes dans l’élaboration de leur projet professionnel ». 
Il est très facile de se l’approprier puisque l’apprentissage de l’ADVP est basé sur l’expérimentation, pour rester fidèle à ses fondements théoriques.

Pour quels types d’accompagnements y avez-vous recours ?
J’utilise l’ADVP aussi bien pour les bilans de compétences en individuels que pour des accompagnements sur-mesure d’élaboration de projet professionnel.

La mise en œuvre de cette méthode requiert la maîtrise d’un certain nombre d’outilsou de programmes existants  développés principalement dans des ouvrages tels que « Chemin faisant 1 et 2 », « le Projet sans la Plume », « Chemin faisant recherche d’emploi », quels sont ceux que vous utilisez le plus ?
Plus qu’un outil, en ADVP on parle de « mise en situation ». Car la personne accompagnée va vivre une expérience. Et c’est de cette expérience que l’utilisateur va pouvoir trouver sa propre réponse et ainsi apprendre à s’orienter. « Jouer c’est gagner » fait partie de mes mises en situation préférées. Il permet une formidable exploration des centres d’intérêt. Sinon j’utilise régulièrement « Explorama », « l’Héritage » et « Galerie des portraits ». Il y a énormément de possibilités avec l’ADVP, et ce que je préfère c’est aller chercher la mise en situation qui va coller au mieux au besoin de la personne accompagnée.

Pouvez-vous nous décrire une séance au cours de laquelle vous utilisez cette méthode ?
Lors de l’exploration et l’identification des intérêts professionnels par exemple, j’ai souvent recours à « Jouer c’est gagner ».  La personne va explorer une centaine de métiers différents puis les regrouper selon ses propres critères en autant de catégories qu’elle va ensuite intituler à sa manière. Grâce à la guidance du conseiller, elle aura ainsi identifié ses intérêts professionnels avec ses propres mots, sans catégories pré-établies.

Pouvez-vous nous dire quels en sont les bénéfices pour les personnes accompagnées ?
Les bénéfices sont immédiats et multiples : lors de séances d’ADVP, la personne vit et réagit en direct au thème exploré. On voit le visage s’animer et le corps réagir : la personne est active dans son processus d’orientation. Aussi, les résultats sont extrêmement significatifs pour ces personnes. A l’issue de la séance sur les intérêts par exemple, il n’est pas rare que la personne s’exclame « c’est exactement ça ! ». Elles ont l’impression d’une révélation tant les résultats sont sur-mesure. Ce qui est logique, car ce sont elles qui les ont construits ! Beaucoup plus personnalisés que lors de la même séance qui utiliserait un outil psychométrique, type IRMR, où seules 6 catégories d’intérêts sont permises.
Avec l’ADVP, tout le champ des possibles est ouvert et c’est la personne elle-même qui va se décrire sans être formatée d’aucune manière. La méthode respecte ainsi toute l’écologie de la personne, tout son être et sa singularité. Tout en produisant des résultats très puissants.

Quelles sont d’après vous les limites de cette méthode ?
Du côté utilisateur je ne vois aucune limite. La méthode fonctionne sur tout type de public et de profil socio-professionnel.
Je pense que les limites sont plutôt à chercher du côté du conseiller. D’une part par rapport au manque de formation à la méthode. Ce qui peut impliquer un manque de confiance en l’ADVP. Certains conseillers utilisent l’ADVP sans avoir eu de formation spécifique. Aussi, ils peuvent passer à côté des bénéfices attendus pour la personne et ne pas avoir la bonne posture pour mener l’entretien. A l ‘opposé de la posture expert, le conseiller doit ainsi faire preuve d’une grande confiance en la personne accompagnée puisque c’est elle qui va fournir ses propres réponses. Le conseiller doit donc s’empêcher de faire toute inférence, suggestion, interprétation ou induction dans son accompagnement. Cela peut sembler évident à la lecture, mais c’est une posture qui demande une vigilance de tous les instants.
D’autre part, utiliser l’ADVP demande un minimum de temps de disponibilité. Il est parfois plus facile pour un conseiller ou une structure de préférer l’utilisation de tests sur informatique, plus rentables car ne nécessitent pas l’action du conseiller.
Enfin, utiliser l’ADVP demande souplesse et subtilité pour le conseiller. Celui-ci doit accepter de jouer le jeu et se remettre sans cesse en question pour trouver la mise en situation ADVP qui convient le mieux par rapport à la demande du client. Pour ma part, je trouve cela très stimulant. Mais je ne sais pas si tous les conseillers sont prêts à jouer le jeu…

 

5 réponses à “Série d’interviews sur l’ADVP (suite et fin) : Marjorie Llombart, formatrice et consultante en bilans de compétences et gestion de carrière

  1. bonjour, je sais que les livres Chemin faisant sont tres chers. Existe t il des versions pdf ou moins cheres de la methode advp et des outils comme l’heritage, Jouer c’est gagné, etc? Merci d’avance (je suis conseillere en insertion au chomage).

  2. Bonjour Véronique,

    A ma connaissance, il n’existe pas de telles versions. Personnellement, j’ai décidé d’investir dans ces ouvrages car je les considère comme des outils de travail qui vont me suivre toute ma carrière. Voilà pourquoi j’utilise à dessein le terme « d’investir », vu le coût !

    Je crois aussi que le prix correspond à la politique des éditions Qui Plus Est au sujet d’une rémunération juste des auteurs (contrairement à d’autres maisons d’édition).

  3. Bonjour,
    Je suis conseillère emploi et formatrice intervenant , entre autre, sur le projet professionnel de stagiaires dans certains dispositif de formation tels que CAP PROJET, FORUM ORIENTATION EMPLOI, Etc ….
    Je suis toujours à la recherche d’outils sous sous forme de jeux. Je vois que vous disposer du type d’outils que je recherche tels « Jouer c’est gagner » « Explorama », « l’Héritage » et « Galerie des portraits ». Vous serait il possible de me donner les références de ces jeux pour que je les donne à ma direction pour achats ?
    Merci beaucoup par avance pour ces informations.

    Très Cordialement
    Nathalie LABASOR

    • Bonjour Nathalie,
      Vous trouverez tous les supports auxquels je fais référence aux Éditions Qui Plus Est.
      Le principal ouvrage à mon avis est Chemin Faisant, de Marie-Claude Mouillet, Claude Colin. Vous y trouverez « Jouer c’est gagner », « l’Héritage » et « Galerie des portraits ».
      L’Exploramma, de Sylvie Darré, est édité au même endroit.
      Vous pouvez les commander directement sur le site des Éditions.

      Bonne lecture !
      Bien cordialement,
      Marjorie LLOMBART

  4. Ayant été cité, et j’en remercie l’auteure-consœur, je me permets à cette occasion d’apporter une contribution à la question des limites de la méthode.

    Contrairement aux outils comme les tests et questionnaires dont les questions renvoient toujours à des réponses dont la signification déjà pré-faite vaut pour tous ceux qui ont choisi de cocher la même réponse, les séquences pédagogiques issues de la pédagogie éducative de type ADVP permettent précisément au sujet de pouvoir formuler sa propre réponse. Cela, c’est l’avantage majeur qu’elle présente, et c’est la raison pour laquelle je continue de faire usage d’un certain nombre de ses séquences (sans toute fois être aussi « directif sur la forme » que ce qui est préconisé).

    Cependant, la méthode ADVP reste une méthode. Je veux dire par là que même si l’auteure des « Chemins Faisant ADVP » invite à l’adoption d’une certaine posture (celle inspirée des travaux de feu Carl Rogers), l’ADVP en tant que méthode ne correspond à rien d’autre, concrètement, qu’à une « simple » série de séquences pédagogiques. Ce n’est pas rien, loin de là, mais ce n’est rien de plus. Cela veut dire qu’être formé à l’ADVP ne nous garantit nullement d’avoir une pratique professionnelle éthique indiscutable, et ceci parce que l’ADVP n’est ni une approche du contenu, et encore moins une approche de la subjectivité et de la complexité du sujet pris dans une relation d’accompagnement. C’est là que se situent toutes ses limites et que je vais tenter de discuter.

    Avec l’ADVP, il faut être directif sur la forme, c’est-à-dire sur la formulation des consignes, et non directif sur le contenu, c’est-à-dire sur la réponse produite par le sujet à cette consigne. L’ADVP est non directive sur le contenu mais, plus encore, elle ne s’en occupe pas de ce contenu produit par le sujet. Ce que je veux dire par là, c’est que l’ADVP n’est pas une approche qui est tant centrée sur la personne (comme elle préconise de l’être via Rogers, et paradoxalement au fond puisque la préoccupation de l’ADVP est la forme, et non le contenu…) qu’une approche qui est centrée sur la technique (soit ce qui a justement été reproché en son temps à Rogers, qui s’est alors détourné de la technique pour ne plus se centrer que sur la personne, donc le contenu…). Être directif sur la forme et non sur le contenu, cela veut dire être (j’espère que l’on me pardonnera la familiarité que fait entendre cette équivoque) con-centré sur les consignes et les temps d’enchainements entre chaque consigne, mais non sur le contenu produit par le sujet, car cela ne regarde que lui. Certes le contenu c’est son affaire, mais c’est oublier un peu trop vite que ce contenu produit, co-construit, il nous est adressé à nous, praticien, par le sujet, en réponse à ce que nous lui avons nous-même demandé de faire. Ce contenu nous est en effet adressé dans le cadre d’une relation que l’on entretient avec le sujet.

    L’ADVP n’est donc pas une approche d’un contenu qui nous est adressé par un sujet, et elle n’est pas non plus une approche qui garantirait la tenue d’une posture éthique. Il est fréquent de voir en effet des éducateurs ADVP proposer à tous les sujets reçus, indépendamment de leurs demandes singulières, le même programme comportant l’ensemble des séquences des « Chemin Faisant 1 & 2 » (en gros : « vous n’avez pas de projet ? Suivez la méthode, respectez les consignes, et tout ira bien »). Ces praticiens-là orientent leur pratique en fonction du but de la méthode (qui est d’élaborer un projet selon la conception rationnelle du choix et de la prise de décision) où le sujet est pris comme un moyen d’atteindre les objectifs de la prestation. Mais c’est une orientation de la pratique qui est faite au détriment de la nature réelle de la demande du sujet adressée à un Autre (un Autre supposé savoir la réponse), au détriment de ce qui cause cette demande, et surtout au détriment de l’usage que le sujet compte faire de l’institution qui l’accueille dans le cadre de la prestation.
    On rencontre aussi par exemple des éducateurs ADVP qui mettent en œuvre les séquences ADVP, mais tout en se comportant de façon experte (c’est-à-dire en sachant toujours pour l’autre ce qu’il est mieux qu’il fasse) à partir du contenu produit par la personne via la séquence qu’elle vient de vivre. (Habituellement l’expert se prononce à partir des résultats de tests psychotechniques que le sujet vient de passer.)

    Enfin, certains éducateur ADVP considèrent aussi que la production verbale ou écrite du sujet n’est pas suffisante par exemple, alors ils insistent, redisent 36 fois la consigne, ou bien décrètent qu’il faut encore faire une autre séquence pour mieux approfondir. On ne peut donc pas conclure non plus que l’ADVP (ou bien qu’être formé à l’ADVP) corresponde à une approche tenant compte de la complexité du sujet, de son désir et de sa subjectivité.

    Au fond, on pourrait même aller jusqu’à dire que l’ADVP est une démarche experte dans laquelle ce n’est plus tant le praticien qui est supposé savoir la vérité du désir du sujet, mais la méthode qu’il suffit d’appliquer et de suivre à la lettre. Or, pas tous les sujets en mal d’orientation que nous recevons ont un manque d’une méthode qui leur permettrait de se définir à partir des catégories pré-établies de manque d’estime de soi, de difficulté à dire ses intérêts, ses compétences, ses qualités, etc… Le mal d’orientation n’est en réalité pas réductible à ce genre de déficit de soi. Il a plutôt à voir avec les embrouilles du désir du sujet à s’orienter et à se faire responsable de son orientation dans un monde bouleversé, et ceci se joue non pas tant au travers de la méthode et de ses objectifs, que de la relation que l’on entretient avec le sujet à qui l’on applique, le cas échéant, telle ou telle méthode.

    A ce propos, l’ADVP invoque certes Rogers le clinicien de la relation d’aide (et ses préconisations en termes d’empathie, de congruence, de neutralité, qui sont pourtant des élaborations théorico-pratiques bien loin de faire l’unanimité dans le vaste champ des praticiens de l’intervention sanitaire et sociale…), mais elle s’en tient là. Elle ne fait pas un pas de plus. Ni n’articule rien de ce qui se passe réellement dans la relation subjective à l’Autre (ici à l’Autre éducateur ADVP) au moment où le sujet adresse à cet Autre le contenu de sa réflexion. Elle ne dit rien sur ce qu’il en est réellement des difficultés qui peuvent être rencontrées dans la relation d’aide, que l’on a de façon toujours singulière et unique avec un sujet, lorsque l’on fait usage avec lui de la méthode ADVP. Ce n’est pas son terrain.

    C’est d’ailleurs bien pour cela que les publications en matière d’ADVP ne portent jamais sur les aspects pratiques (ou cliniques) de la mise en œuvre de la méthode tels que ceux de la demande adressée à l’Autre (demande qui est toujours demande d’amour), de la supposition de savoir faite à l’Autre, du désir du sujet et de son désir actuel en mal d’orientation, de son implication et de sa responsabilité en tant que sujet par rapport à sa propre vie et par rapport à ce qui cause son mal d’orientation, de son rapport au savoir, au travail, à sa question d’orientation, etc.. Ces aspects, caractéristiques de la condition de tout être parlant, sont pourtant toujours nécessairement mis en jeu dans une relation d’aide et d’accompagnement. Les publications ADVP portent en fait seulement sur la technique. Et tous les auteurs comme Rogers, Dejours, Guilford, Super, Piaget, Bourdieu, etc. qui y sont convoqués, ne le sont en réalité qu’après coup (et je peux largement en témoigner pour avoir construit, avec Marie-Claude Mouillet elle-même, il y a un an jour pour jour de cela en décembre 2012, la quasi-totalité des séquences pédagogiques de la formation actuellement dispensée au Patio sous le titre de « Le rapport au travail », sans que JAMAIS nous ayons eu besoin de nous référer à aucun de ces auteurs aucune des séquences !).

    L’ADVP réduite à ce qu’elle est concrètement – c’est-à-dire à une méthode et à une série de séquences pédagogiques – ne permet donc de s’orienter qu’à partir des objectifs de la technique, des buts proposés par les séquences pédagogiques et éducatives (par exemple : objectif : faire établir une liste de compétences, faire établir une liste d’environnements de travail souhaité, etc. – car si vous n’avez pas de projet c’est que vous n’avez pas votre liste de compétences ni celle des environnements que vous aimez). Mais elle ne permet nullement de s’orienter à partir du sujet, ni de ce qui cause réellement sa présence dans telle prestation, et encore moins à partir de l’utilisation (toujours singulière et unique) qu’il peut faire de cet Autre qui l’accompagne. Avec l’ADVP, l’Autre-éducateur est toujours possiblement maintenu dans une position de supposé savoir par l’intermédiaire d’une supposition de savoir faite à la méthode proposée comme solution à ses déficits ; cela donne : « suivez la méthode : ça marche ! ».

    En conclusion, l’ADVP oui parce que cela donne la parole au sujet, mais l’ADVP toute seule non, car cette parole du sujet, elle nous est toujours adressée, à nous les praticiens, et car les difficultés que nous rencontrons dans nos accompagnements ne tiennent pas tant aux aspects techniques de telle ou telle méthode, qu’aux aspects humains en jeu pendant que l’on applique une méthode. Un des aspects bien humain qui est en jeu et auquel je pense tout spécialement est celui que l’on appelle le désir, qui correspond d’ailleurs aussi bien à celui du sujet en mal d’orientation pris dans une relation à un Autre qui l’accompagne, qu’à celui du praticien envers ce sujet qu’il accompagne.

    Stéphane Montagnier

    NB : Une critique de L’advp est également disponible sur Wikipédia http://fr.wikipedia.org/wiki/Activation_du_D%C3%A9veloppement_Vocationnel_et_Personnel#Critiques_de_l.27ADVP

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