Série d’interviews sur l’ADVP : Antoine Gandilhon, formateur et consultant en transitions professionnelles

Antoine, pourriez-vous nous dire quelle place occupe aujourd’hui l’ADVP dans vos accompagnements ?
Travaillant principalement sur l’orientation et le choix d’une (nouvelle) carrière, le modèle de l’ADVP est pour moi un outil essentiel.
Il m’arrive néanmoins, comme sur le rapport au travail en tant qu’activité rémunérée, d’utiliser d’autres outils. Cela étant la démarche et l’état d’esprit dans lequel sont menées ses séquences ne s’éloignent pas du modèle.

Avez-vous été formé(e) à cette méthode ? Combien de temps faut-il d’après vous pour arriver à se l’approprier ?
Appliquer les séquences d’une méthode ne peut se comprendre qu’avec cet abord théorique  de la pratique, des échanges et de la réflexion.
J’ai pu suivre une session de formation en intra (avec uniquement des collègues de ma structure) par un formateur du Patio. Je reste réservé sur la formation en intra qui restreint les échanges, les visions de différents publics et types de travail d’accompagnement.
Bien qu’adhérent pleinement à la philosophie du modèle il m’a fallu quelques sessions pour maîtriser le déroulé technique des séquences.
Enfin, j’estime avoir pu correctement aborder les processus qui se mettent en place et m’approprier de façon efficace les différentes séquences proposées par la méthode après avoir fait de l’ingénierie de parcours et avoir eu beaucoup d’échanges avec des collègues.
Au-delà de la formation à la méthode et au modèle, avoir des compétences en animation de groupe et à la conduite d’entretien est important (mais pas indispensable).
J’ai complété cette formation par des lectures personnelles (voir bibliographie en fin d’article).

Pour quels types d’accompagnements y avez-vous recours ?
La philosophie du modèle et l’approche humaniste sous-tendent (du moins je l’espère) mes accompagnements.
J’ai tout d’abord utilisé cette méthode auprès de personnes en situation de handicap, dans le cadre d’une reconversion contrainte. Aujourd’hui je travaille avec ces outils et méthodes avec un public très diversifié puisque j’interviens aussi bien avec des DE très éloignés de l’emploi qu’auprès d’un public cadre (dont l’éloignement de l’emploi peut aussi être important !!)

La mise en œuvre de cette méthode requiert la maîtrise d’un certain nombre d’outils ou de programmes existants  développés principalement dans des ouvrages tels que « Chemin Faisant 1 et 2 », « le Projet sans la Plume », « Chemin Faisant recherche d’emploi », quels sont ceux que vous utilisez le plus ?
J’utilise principalement des séquences issues de « Chemin Faisant », parfois retravaillées en fonction des personnes accompagnées.
Si je garde la méthode « Chemin Faisant » pour l’accompagnement au projet, j’utilise le modèle du « Trèfle Chanceux » quand il s’agit d’aller plus vers l’emploi. Ces deux modèles peuvent s’appliquer à tous les types de publics et sont souvent utilisés de façon empirique par les conseillers.
Je peux aussi utiliser des séquences que j’ai mises au point ou extraites d’autres méthodes.

Il est difficile de citer telle ou telle séquence. A part une séquence de présentation et la mise au clair du plan d’action, le déroulé n’est jamais identique.
Aujourd’hui il est demandé une personnalisation des parcours. En fonction du groupe et/ou de l’avancé de chacun, les séquences ne seront pas toujours les mêmes. Il est par exemple inutile, voir inefficace, de faire travailler sur la connaissance de soi une personne qui a déjà un projet (que ce projet soit réfléchi ou pas). Utiliser une méthode ne signifie (surtout) pas de l’appliquer tel quelle à tous. Je reconnais que cela demande un gros travail et que c’est parfois un peu compliqué à faire comprendre.
Je n’utilise pas du tout « Le projet sans la plume » car l’accompagnement des publics qui ne maîtrisent pas ou peu la langue demande des compétences que je ne possède pas.

Pouvez-vous nous décrire une séance au cours de laquelle vous utilisez cette méthode ?
Une séquence telle que décrite est la plus souvent animée en groupe constitué.
A partir d’un sujet, d’un thème ou d’une question lancée par l’animateur, comme par exemple « Citez un personnage célèbre que vous aimez bien », les stagiaires vont tout d’abord poser les bases d’une réflexion individuelle (quelques mots, découpage, dessin… ) puis mettre en commun leurs productions, souvent en passant par des sous-groupes. S’en suit un échange puis retour vers une conclusion personnelle pour chacun. L’animateur a bien entendu un objectif précis (ici les valeurs). Il est aussi possible d’utiliser des analogies (histoire, contes…)
Ce type d’animation permet à chaque séquence de passer par les différentes phases de l’ADVP et de mobiliser les différents types de pensées.

Pouvez-vous nous dire quels en sont les bénéfices pour les personnes accompagnées ?
Le principal bénéfice de cette méthode est de permettre aux personnes de construire LEUR projet et donc d’être réellement motivé par sa construction et sa réussite. La personne devient acteur de son projet. C’est parfois plus long, mais la personne accompagnée en ressort avec une motivation plus forte.

Quelles sont d’après vous les limites de cette méthode ?
En dehors de limites personnelles, j’ai rencontré des obstacles avec :

 –  L’homogénéité des groupes (personnes ayant une expérience professionnelle et personne n’en n’ayant pas)
 –  Personnes ayant déjà fait leur choix et pour qui ce qui est proposé n’a pas de sens
 – La difficulté à mobiliser (pour des raisons culturelles, cognitives, sociales, fonctionnelles…) une ou plusieurs des formes de pensées qui sont nécessaires pour traverser les différentes étapes du modèle
–  La volonté de s’impliquer dans le projet et/ou à faire des choix Il m’est arrivé de rencontrer des personnes qui, malgré les outils fournis, ne sont pas en capacité de faire un choix ou de se projeter dans un avenir. L’aide d’un psychologue peut être d’un grand secours dans ce cas (aussi bien pour l’accompagné, que pour donner des clefs à l’accompagnant, s’il ne l’est pas lui-même)

 Bibliographie personnelle :

  • Chemin Faisant 1 et 2, Chemin Faisant TRE : Marie-Claude Mouillet et Claude Colin, Edition Qui Plus Est
  • Carl Rogers, Le développement de la personne, Inter Edition
  • Anthropologie du projet, Jean-Pierre Boutinet, PUF
  • L’empowerment, une pratique émancipatrice, Marie-Hélène Bacqué, Carole Biewener, La Découverte
  • Le lien d’accompagnement, Paul Fustier, Dunod
  • Revue L’indécis (http://www.trouver-creer.org)

La semaine prochaine nous terminerons notre série d’interviews avec Marjorie Llombart, Consultante en Bilans de Compétences et gestion de carrière.

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