MRS : UNE JOURNALISTE DANS LA PEAU D’UN CANDIDAT

Sources : http://www.pole-emploi.org

Recruter en sortant des critères figés du CV, en faisant abstraction des diplômes, des origines, des expériences précédentes… en cherchant uniquement à savoir si vous êtes fait pour le métier pour lequel vous postulez grâce à des tests détectant les habiletés. C’est la promesse de la Méthode de recrutement par simulation développée par Pôle emploi. Aline Girard rédactrice en chef adjointe des magazines Courrier Cadres et Rebondir l’a testée en conditions réelles !

« Restez concentré jusqu’au bout » 
Nous entrons dans la salle pour quatre à cinq heures de concentration intense. Devant les bureaux situés le long des murs, neuf autres personnes prennent place. Deux chaises restent vides.
Certains candidats ne sont finalement pas venus. Parmi ceux qui sont présents, une seule femme. Et il s’agit en réalité d’une conseillère qui se prête à l’exercice pour en mesurer les difficultés, afin de l’animer dans le futur. Pour le moment, c’est Nicolas Houssu, conseiller à la plateforme de vocation de l’Essonne, qui s’en charge. Il prend le temps de nous expliquer le déroulement de la matinée et ce que le recruteur attend. Pour franchir cette étape, nous devons obtenir une note totale d’au moins 180 sur 326. Parallèlement, l’employeur a demandé à ce que nous décrochions au minimum 40 sur 60 à l’épreuve de compréhension écrite. Dans le cas contraire, les candidats seront éliminés quel que soit leur résultat global car ces recrutements déboucheront sur des contrats de professionnalisation.
Il faudra donc se sentir à l’aise dans la formation. “Si ces deux conditions sont remplies, je vous appellerai pour vous dire que vous avez réussi. Attention, prévient le conseiller, ce n’est pas parce que vous aurez réussi le test que vous aurez le poste. Il y aura ensuite un entretien avec l’employeur basé sur les résultats et sur votre motivation.” Mais avant d’en arriver là, sept exercices individuels et un travail d’équipe sont au programme. “C’est long, restez concentrés jusqu’au bout !”, avertit-il.

Sens dessus dessous
Après un premier test d’assemblage et de gabarits à partir de figures dessinées sur une feuille, place à un exercice en trois dimensions. Devant chaque candidat, un petit caisson en métal avec des figures géométriques en couleur et aimantées qu’il faut parvenir à replacer dans l’espace à partir d’un schéma.
Le tout dans un temps limité. Le chronomètre sonne, chacun lève son stylo et Nicolas Houssu passe aux explications du volet suivant, le fameux exercice éliminatoire. Cette fois, nous sommes dans la peau de Dominique, jeune recrue dont le tuteur est absent pour quelques jours. À partir de différents documents, nous devons hiérarchiser les consignes données, comprendre ce qui nous est demandé et à quel moment nous sommes autorisés à prendre des initiatives. La compréhension écrite devrait être le point fort d’une journaliste habituée à décortiquer des textes de loi abscons et pourtant l’exercice est plus délicat qu’il n’y paraît. Difficile en seulement 15 minutes de prendre connaissance de tous les documents, d’y revenir pour chercher le moindre indice entre les lignes et de répondre en toute confiance aux questions posées…
Pas totalement sereins, nous plaçons nos copies dans les enveloppes à notre nom et passons à la suite.
L’enjeu est maintenant de retrouver sa concentration et de ne pas se disperser en repensant aux erreurs que l’on a pu commettre lors de l’épreuve précédente. Après un exercice de calcul visant à définir, à l’aide d’une calculette, la quantité de sable nécessaire au remplissage d’une tranchée, nous mettons physiquement de notre personne. Sous nos bureaux, nous trouvons de grands caissons métalliques recouverts de feuilles de papier comportant deux axes pour les abscisses et les ordonnées. Certaines sont entièrement quadrillées, d’autres non. Nous mettons ces boîtes devant nous. Figurant une canalisation sur laquelle il faut intervenir, elles ne devront plus bouger. Ce sera donc à nous de tourner autour pour tracer des lignes en fonction de repères donnés sur un document. Avec une patience infinie, le conseiller prend le temps de nous faire réaliser un test “pour du beurre” afin de s’assurer que nous avons tous compris l’exercice. Puis, munis de notre stylo et de notre règle, nous nous lançons. Tête en bas, puis accroupis voire allongés avec la tête dans le caisson et les mains en l’air pour tracer les lignes, la concentration est à son comble chez tous les candidats. Car malgré les apparences, l’exercice demande de la méthodologie et de la rigueur. Surtout, c’est dans ce genre de conditions que l’on comprend à quel point il est difficile de conserver ses repères dans de telles positions. Les mains recouvertes de feutre nous achevons les exercices individuels par des mesures d’angles.

A pas grand-chose…
Après une courte pause, Nicolas Houssu nous explique la dernière épreuve. Celle-ci se pratique en petits groupes. Le but est de parvenir à reconstituer des cadres en PVC ou en métal, à partir d’éléments en morceaux et de schémas (voir ci-contre). Un exercice qui exige patience, organisation et cohésion au sein de l’équipe. Le conseiller observe les membres des différents groupes, car ici ce n’est pas simplement la réussite au test qui est jugée, mais bien le comportement, l’implication, et l’état d’esprit des candidats. Les personnalités se dessinent très vite, certains prennent les choses en main, d’autres restent en retrait et d’autres encore se laissent gagner par le stress ne parvenant pas à s’organiser et à se coordonner. Le chronomètre sonne la fin de la partie, et la matinée s’achève sur ce travail de groupe.
Le conseiller de la plateforme de vocation nous promet de nous rappeler dès l’après midi pour nous annoncer les résultats. Le suspens aura donc été assez bref.
Bilan, quatre candidats sur dix ont été validés (un chiffre dans la norme selon Nicolas Houssu)…et j’en fais partie. L’épreuve de compréhension écrite a pourtant bien failli être pour moi éliminatoire, cela s’est joué à quatre petits points près. Une méthode qui apprend donc l’humilité ! Quoi qu’il en soit, en cas de besoin, ma reconversion est toute trouvée…

3 réponses à “MRS : UNE JOURNALISTE DANS LA PEAU D’UN CANDIDAT

  1. Merci Stéphanie. De quel poste s’agit-il ?

  2. Jacquesson Edouard

    La description de cette MRS semble mettre en avant une journée très intense où seules les personnes à l’aise en situation d’examen peuvent réussir. Cela parait très « scolaire ». Je me trompe ?
    Cette méthode est justement censée éviter la sélection par CV ou lettre de motivation et ainsi favoriser l’accès à l’emploi des personnes qui ont acquis leurs savoirs « en dehors des clous » (en dehors de l’école, de la formation).
    Je ne suis pas certains que ces personnes soient les plus à l’aise dans ce style de journée…

    L’idée de fonds de la MRS est bonne. La mise en pratique, dans ce cas particulier n’est selon moi pas adaptée. A voir si toutes les MRS sont menées de cette manière ?

  3. Il me semblerait pertinent de venir observer une session MRS avant d’émettre un avis réducteur : scolaire, pas adapté, pas pertinent… Le mieux est de le voir en situation.
    Le but de la MRS étant de donner une chance à un candidat qui n’aurait pas été sélectionné de façon classique par CV. L’objectif n’étant pas non plus d’offrir le poste sans sélection, je crois que cela n’existe pas… Il y a donc dans toute forme de recrutement, une sélection.

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