J’ai fait un bilan de compétences, oui et après ?

Je vois trop souvent arriver dans mon bureau des demandeurs d’emploi  regonflés à bloc arborant fièrement leur bilan de compétences fraîchement terminé et me dire : « J’ai fait un bilan, il a montré que j’étais fait pour tel métier, vous allez m’aider à retrouver du travail dans ce nouveau métier ».
Comme si la conclusion du bilan était parole d’évangile…
Malheureusement, c’est loin d’être si simple.
Je m’aperçois souvent que pour certaines personnes  la route est encore longue.
Mais comment faire pour annoncer à la personne qu’au moment où elle me parle son nouveau projet n’est pour l’instant pas réalisable et que peut-être il ne le sera jamais,  comment épargner l’inévitable crise de larme?
Tout l’art justement est de ne pas l’ annoncer de but en blanc, même en y mettant les formes, mais bien d’amener pas à pas la personne  à cette prise de conscience.

Je me souviens à cet effet d’une femme d’une quarantaine d’années, demandeur d’emploi de longue durée, élevant seule son fils. Elle avait démissionné de son travail de secrétaire car elle avait de gros problèmes aux yeux ce qui l’empêchait de travailler sur un  écran d’ordinateur. Je l’accueillais dans le cadre d’un accompagnement de longue durée (jusqu’à 24 mois).
Elle venait de faire un bilan de compétences et  la conclusion  tournait autour de deux métiers cible : l’un était responsable d’équipe de nettoyage et l’autre formatrice en allemand au sein d’entreprises allemandes installées en  France. Elle était un peu désorientée, ne sachant pas comment faire pour mettre en place la stratégie d’action préconisée dans la conclusion de son bilan.

J’ai abordé l’éventualité de remplir un dossier de demande de reconnaissance de travailleur handicapé mais elle ne voulait pas en entendre parler.

Nous avons travaillé sur les fiches métiers, fais les enquêtes métier et  au fur et à mesure de l’accompagnement elle s’est très vite rendue à l’évidence; pour exercer l’un ou l’autre des deux métiers ciblés, elle avait besoin d’utiliser l’ordinateur (dans le premier cas pour passer des commandes, faire des plannings et dans l’autre cas, rechercher des informations, préparer des devis…).
Elle s’est effondrée en larme, tous ses espoirs de vie nouvelle étaient soudainement anéantis.
Je lui ai alors proposé de contacter un centre spécialisé dans le handicap visuel pour voir s’il existait une solution pour adapter son poste de travail à son handicap visuel. Elle a accepté comme un soulagement. Le centre lui a proposé des solutions lui permettant de se projeter dans son avenir professionnel de manière plus concrète.
J’avais beau relire le déroulé de son  bilan de compétence, nulle part n’apparaissait la partie qui à mon sens me parait primordiale, la fameuse enquête métier, dans ce cas précis, elle aurait sans doute permis de réajuster ces deux axes et de définir un plan d’actions plus réaliste.

Certains bilans ont comme un gout d’inachevé et peuvent provoquer alors un sentiment de frustration, d’espoir anéanti. La personne se retrouve avec des conclusions qui ne sont pas toujours adaptées (au marché de l’emploi, à son projet de vie, aux facteurs économiques…) ou alors elle a du mal à transformer l’essai en un projet concret car son bilan ne prévoyait pas de « phase de réalisation ».
A quand la prestation bilan de compétences comprenant de manière systématique une phase d’accompagnement « post bilan » ou « phase de réalisation » ?
Il me semble que tout le monde aurait à y gagner…

6 réponses à “J’ai fait un bilan de compétences, oui et après ?

  1. Bonjour,

    Je suis conseiller emploi et formation et j’interviens sur des prestations marché public.
    Je viens de lire avec attention votre article sur le bilan de compétences, vous parlez de l’ex. BCA (Bilan de Compétences Approfondi) qui a été remplacé par le CPP (Confirmer son Projet Professionnel).
    Pôle emploi a mis en place depuis peu un autre accompagnement d’aide à la définition de projet professionnel nommé CAP projet. Celui-ci est basé sur la méthode canadienne ADVP, de plus cette prestation comporte une enquête métier qui peut être complétée par une enquête terrain via une EMT (Evaluation en Milieu de travail).
    Il y a donc maintenant une partie inventaires des compétences, des connaissances, des savoir-faire et de savoir-être mais aussi un conseiller qui met en garde les personnes sur les métiers porteurs et les métiers non-porteurs.

  2. Je suis également conseillère emploi, et je voudrais rajouter une autre prestation pole emploi qui peut aussi être intéressante. Il s’agit de l’ECCP (évaluation des capacités et des compétences professionnelles) qui permet à la personne demandeuse d’emploi de s’évaluer via différents outils : questionnaires, tests, mises en situation. Cette prestation s’utilisera en particulier sur des métiers dits « manuels » qui permettent rapidement de voir si on est fait ou non pour ce métier, mais on l’utilise aussi pour des profils plus administratifs. Cela peut être un bon moyen sur une demi journée / une journée de voir où on l’en est. Si on complète ensuite par une EMT où la personne sera dans la situation réelle de l’entreprise, ça peut faire mouche si je peux m’exprimer ainsi !

  3. Comme les chefs d’entreprises souhaitent avoir des personnes motivées, comme chacun d’entre nous souhaite faire un métier qui le passionne, l’adéquation de ces deux problématiques est simple : faire un bilan de compétences !

  4. Bonjour à tous et toutes,
    Je réagis en lien avec le thème … le bilan de compétences … sans suite concrète.
    Je suis conseillère emploi et je travaille sur la prestation CPP (Confirmer son projet professionnel).
    Personnellement, je me concentre particulièrement sur le plan d’action qui doit être élaboré en fin de bilan. Ce plan d’action permet aux personnes suivies d’être déjà dans l’action de leur projet. En effet, je les positionne avant même la fin de leur bilan, sur des actions de prises de contacts diversifiées auprès des organismes utiles afin qu’ils « se rendent compte » de l’ampleur de leur projet. S’ils ont vu trop haut, ils retravaillent leur projet différemment. L’approche « terrain », il n’y a que ça de vrai.
    La temporalité aussi est importante. Je ne positionne jamais des DE sur des projets trop longs. Par exemple en lien avec des formations Région qui ont déjà commencées et qui ne reprendront que l’année d’après…Pour les financements aussi, je fais le « tour » de toutes les possibilités en fonction du statut du DE…. Bref pour synthétiser, je reste très très proche du terrain afin que le DE ne soit pas en décalé lors de sa sortie de CPP.
    Bien à vous.

  5. Bonjour,
    Conseillère emploi, j’interviens sur les prestations Pôle Emploi (CPP, CAP, OEM, atelier et TVE) mais aussi dans le cadre de bilan de compétences. Je ne conçois pas, pour les deux types d’accompagnement, de laisser une personnes partir « bille en tête » avec une idée de métier sans lui donner les clés pour qu’elle puisse la valider sur le terrain. Je ne comprend pas comment on peut valider une piste sans ce passage « obligé ».
    Il m’arrive aussi d’accompagner des personnes qui ont suivis des dispositifs tels que le CAP ou le CPP, en OEM, dont les projets ne sont pas entièrement validé. En prestation comme en bilan de compétences, la majorité du public accompagné est très étonné par « le travail » que demande une validation de projet. Il peuvent ainsi se décourager et ne pas tester les hypothèses sur terrain.
    A nous de faire comprendre l’importance de l’enquête métier et de l’EMT.

  6. J’ai fait un bilan de compétences il y a dix ans (vers 2004) dans un organisme privé. J’en suis ressorti effectivement un peu sur ma faim et des collègues qui en ont effectué un ont eu la même impression que moi.
    Au départ, ces organismes vous semblent toujours professionnels, dynamiques et savent vous faire comprendre que le bilan de compétences ne va vous apporter que du positif et surtout, vous aider à trouver le métier pour lequel vous êtes fait. Première erreur!!! Le bilan de compétences ne permet pas de trouver le métier qui nous correspond mais de confirmer ou d’infirmer l’adéquation entre un désir et une réalité. En outre, une fois que j’ai démarré mon bilan, le ton a quelque peu changé : « C’est vous qui allez faire ce bilan, pas moi. Moi, je suis là pour vous guider ». Et c’est vrai. Sauf qu’à mon sens, l’aide apportée par la personne qui m’a suivi m’a semblé bien pauvre. Elle s’est en effet contenté – du moins l’ai-je ressenti comme tel – de donner son avis sur les métiers que j’ai proposés. Or, à mon sens, un professionnel accompagnant une personne dans un bilan de compétences doit être aussi « active » qu’elle, en ce sens qu’elle se doit, me semble-t-il, d’élargir les horizons, de proposer des pistes, des idées, auxquelles la personne n’a pas pensé. Moi, j’ai eu le sentiment d’avoir eu un « service minimum ». Il m’a manqué des propositions, des mises en garde, des conseils. Alors, oui au bilan de compétences mais sans en attendre trop.

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