Interview d’une conseillère en insertion professionnelle sur la prestation CPP

Aurore M.S. est conseillère en insertion professionnelle, elle intervient notamment sur la prestation CPP (Confirmer son Projet Professionnel) dans un organisme prestataire du Pôle emploi, ID Formation.

Bonjour Aurore, la prestation CPP a été mise en place en février 2012, est ce que vous pouvez nous en dire quelques motsTout d’abord, à qui s’adresse-t-elle ?
CPP est né d’un simple constat : des prestations existent pour les personnes qui  normalement connaissent leur projet professionnel (TRA/TVE ); et au contraire d’autres prestations pour celles qui ne savent plus dans quel secteur/métier s’orienter (BCA/CAP). Mais rien n’avait été créé pour les demandeurs d’emploi ayant une idée plus ou moins précise de leur projet, mais ne sachant pas comment y parvenir, ou si un métier envisagé leur correspondrait en réalité, etc.
J’ai donc commencé à faire du CPP dès la création de ce dispositif, début 2012, je fais également du TVE (accompagnement intensif de 6 mois en recherche d’emploi). Deux prestations très différentes, mais très enrichissantes.

Je crois que c’est une prestation assez flexible et que vous pouvez l’organiser en fonction des besoins de la personne tout en respectant le cahier des charges de Pôle emploi. Pouvez-vous nous dire comment elle se déroule (calendrier, nombres d’entretiens, individuels ou en groupe..), et quelle méthode vous avez mis en place (thèmes abordés, outils d’accompagnement utilisés…) ?
CPP est effectivement une prestation flexible, où cette liberté de s’organiser et de s’adapter à la personne en face de nous est primordiale, et nécessaire.
Normalement, la personne dirigée vers CPP a une idée de son orientation, mais a besoin qu’on confirme ensemble son projet, ou qu’on travaille l’accès à un métier clairement choisi par ses soins, etc. Il est donc impossible de formater l’accompagnement.
CPP ne dure que 42 jours, sur 8 rdv obligatoires. Le 8ème rdv étant celui du bilan, et de la définition claire du plan d’action. Ces 8 rdv sont individuels, mais il est possible de rajouter 2 rdv collectifs (passation de tests par exemple).
Si je rentre plus en détails:
Lors de l’accueil, le 1er rdv, nous devons faire le point sur sa demande; de cela va dépendre la trame principale de son accompagnement. La personne a-t-elle une idée précise de son projet? Si oui, sait-elle comment y parvenir? S’est-elle déjà renseignée? Où se renseigner? etc. Si pas de projet précis, qu’attend-elle ? : faire le point sur ses compétences afin de se réorienter, ou pas d’ailleurs; mettre en mots ses attentes professionnelles/personnelles? etc.
Lors de ces rdv, nous faisons également le point, comme pour TVE, sur des aspects plus personnels : situation familiale, financière, mobilité, santé, niveau en français, etc. Nous étudions son parcours, ses acquis, ses compétences…
C’est ensuite que les choses varient. Nous ne sommes pas en BCA, donc à aucun moment je ne pourrai, et ne peux, prendre le temps d’étudier « en profondeur » sa personnalité, intérêts etc.
Notre principal outil pour moi, sur CPP, c’est en 1er, notre capacité d’écoute/compréhension, et notre empathie. Selon les besoins ensuite, nous nous servons de médiations, et je parle bien de MEDIATION : médiation entre nous et le demandeur permettant de faire émerger sa parole.
Car seul le demandeur d’emploi peut répondre à ses propres questions; CPP ne fait que l’aider à s’en rendre compte, et à poser les choses, pour qu’il se les (ré)approprie. Ne jamais se substituer à eux.
Les tests les plus utilisés, les questions les plus souvent posées, concernent ses propres intérêts professionnels, personnels, les conditions de travail, par exemple. Nous utilisons des tests simples d’accès, rapides à remplir (soit seul ou ensemble selon le degré d’autonomie de la personne) (MPI, intérêt professionnel I et II …).
Un autre aspect important pour bien comprendre CPP: nous travaillons selon la méthode de travail de l’ADVP (point sur la personne à l’instant T, ses ressources, acquis, etc., ses idéaux, ses envies/besoins/freins, … puis nous travaillons le projet, tests, écoute, travail de recherche, de documentation…). Peu à peu on rapproche ces éléments, nous éliminons des pistes (niveau/durée de formation, lieu de l’école, financement, marché du travail, conditions de travail …).
Lorsque nous parvenons à une piste, voire 2, nous entamons le travail de recherche : j’aime que la personne se documente elle-même selon nos indications, car cela la positionne dans sa propre demande et démarche. Et c’est plus valorisant pour elle. Documentation (Sites Internet, CIO, MIFE, enquête terrain en entreprises…) et en dernier: recherche d’EMT pour valider le projet (mini « stage » de 15 jours max).
Un dernier point: il peut arriver que nous ne puissions CONFIRMER un projet. C’est arrivé à deux dames, une qui au travers de ses recherches s’est rendue compte de toutes les démarches pour accéder au métier souhaité (validation d’un niveau III, seule école à Agens …), et a renoncé; une autre avait d’importants soucis personnels et de santé qu’elle devait régler. Nous avons néanmoins visé trois pistes de réflexion, pouvoir se projeter dans l’avenir aide également moralement.

A l’issue de cette prestation, quelle est la prochaine étape pour le demandeur d’emploi?
Si son projet est bien défini, nous faisons ensemble la rédaction de son plan d’action. Si par exemple son projet nécessite de se former, nous avons étudié les solutions (DIF, CARED, Pôle emploi, …); elle a déjà contacté sur CPP l’école pour connaître les dates d’inscription, etc. Nous faisons le plan d’action jusqu’à la prise d’emploi (cv à refaire, EMT, quelles entreprises contacter …). A la personne de faire ensuite les démarches. C’est vrai que nous n’avons pas de retour de la suite des évènements. Mais le but est qu’elle soit autonome, et qu’elle n’ait pas besoin de revenir. Le demandeur d’emploi reprend son suivi avec son conseiller, qui a également une copie du bilan. Il veillera à son application (prescription formation …)

Aujourd’hui, avec quelques mois de recul, quel regard portez sur cette prestation ?
Ayant fait essentiellement des accompagnements de longue durée (6 mois), sur de la pure recherche d’emploi, j’avoue que j’ai accueilli CPP avec enthousiasme. Autre objectif, autre rythme, autre demande …
Au fur et à mesure des accompagnements, j’ai affiné mon écoute spécifique à CPP, ma méthode de travail, sélectionné les tests qui me paraissaient les plus appropriés, etc. Je ne pouvais demander conseil vu que la prestation est complètement nouvelle. L’échange avec le demandeur d’emploi est différent. Se voyant sur 1h30, une à deux fois par semaine, les contacts se font vite et sont denses. Beaucoup de choses à entendre, dire, discuter, échanger, en peu de temps. J’ai eu de très belles rencontres, de beaux projets sur lesquels travailler. D’autres plus difficiles, ou des déceptions face à la mise en œuvre compliquée de certains projets. C’est une très belle prestation, en condensé!
L’avantage également de CPP est que le demandeur d’emploi est presque à 100% DEMANDEUR de cette prestation, et se l’approprie très vite. Il est très actif et ACTEUR.
Autre avantage: plus du point de vue du CIP, c’est que le bilan est moins lourd à écrire que d’autres prestations, comme TVE par exemple. Il laisse donc plus de place à la rencontre au début, et à la séparation à la fin, après 8 rdv.

J’espère que toutes ces explications auront permis de comprendre le but et les moyens sur CPP.

3 réponses à “Interview d’une conseillère en insertion professionnelle sur la prestation CPP

  1. merci de cet excellent témoignage très enthousiaste et très bien décrit;
    votre posture s’apparente à celle d’un coach professionnel (différent du conseiller ou du formateur); pour les outils connaissez-vous le CGP (Centre de Gravité Professionnel) de l’Institut de la Vocation basé à Lyon ?

  2. Merci pour votre commentaire.
    notre métier est à la fois de l’accompagnement dans l’emploi, de l’aide à la « re-dynamisation », recréer du lien social si besoin, etc.
    c’est très riche et polyvalent.
    On est là bien pour conseiller, une fois encore, il faut que les personnes s’approprient leurs démarches, et s’adapter à leur degré d’autonomie.

    Pour vos tests, non, je ne connais pas, en quoi consistent-ils?

  3. Temoignage montrant un profil tout a fait complet (si je puis me permettre de porter un jugement positif): sensibilité et perception, puis méthodologie, et autosupervision. Ce métier est comme vous dite passionnant et très riche à la fois humainement et intellectuellement.
    Nous vivons un métier qui requiert d’en avoir la vocation et une vraie acuité. Aussi pour continuer à accompagner l’autre efficacement et sans ambiguïté ou influence dissimulée, il faut toujours le polsitionner au centre de la démarche, c’est une remise en cause et autosupervision constante qui doit se faire le plus naturellement possible.

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